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lundi 2 octobre 2023

Quand le séisme fait trembler les idées


Vulnérabilité, fragilité et inconnu, voici les termes qui peuvent décrire ce qu’à peu près tout le monde a vécu et ressenti le vendredi 08 septembre 2023 à Marrakech et surtout dans sa région Al Haouz, voire un peu partout au Maroc, le soir du tremblement de terre.

samedi 5 novembre 2016

Quand c’est DABAPHOTO au 18 !

L’idée est à la fois simple et inspirante : créer un rendez-vous annuel autour de la photographie contemporaine en pleine ancienne médina de Marrakech, dans le quartier populaire Riad Laarouss et plus précisément au 18, derb El Ferrane. Il n’est pas étrange de découvrir qu’une photographe soit derrière cette idée : Laila Hida.


Le 18 est en fait un riad culturel pluridisciplinaire et un espace indépendant. Il s’agit à la fois d’un centre culturel doté d’une résidence d’artistes, d’une galerie d’art et d’un petit bookstore.


DABAPHOTO 2 est l’événement phare de cette rentrée au 18 avec une exposition collective nommée « Terrain de jeu » sous la thématique de la photographie de rue ou la street photography (du 15/10 au 10/11/2016). Neuf photographes ont été sélectionnés pour cette exposition par le jury (Laila Hida, Hicham Bouzid, Francesca Masoero et Jeanne Mercier) suite à un appel à candidatures lancé l’été dernier par les organisateurs. 

Ces neuf photographes sont : Zakaria Ait Wakrim, Yassine Alaoui Ismaili, Myriam Aliouala, Salah Bouade, Muhcine Ennou, Yasmine Hatimi, M’hammed Kilito, Ziad Naitaddi et Céline Villegas. Leurs photographies représentent des scènes de rue, des passants, des pistes, des murs et des maisons…


Au niveau de la scénographie et dépendamment de l’espace du 18, mais aussi du choix des fois des photographes eux-mêmes, les photos exposées sont mélangées et de différents formats, en couleur ou en noir en en blanc, avec ou sans cadre. Il y a aussi un travail photographique projeté sur écran. Trois photos sont sous formes de grandes copies A4 en noir et en blanc collées directement au mur comme des posters à la manière d'un puzzle. Le 18 a fait également appel à la photographe Maycec pour la conception graphique et au calligraphe Mohamed Abaoubida pour transcrire le titre de l’exposition sur le mur. 

A côté de l’exposition, des rencontres modérées par Juan Asis Palao Gomez ont été programmées pour traiter justement de la thématique de cette exposition comme une rencontre avec Marie Moignard en date du 22 octobre sur « Photographier l’espace public au Maroc : une histoire du régard, depuis la photographie coloniale jusqu’à la création contemporaine ». Marie Moignard qui est historienne d’art, journaliste et critique pour la revue Diptyk. Elle anime aussi les rencontres « Tchat Photo » à l’Institut français de Casablanca et deviendra l’auteur d’un livre de référence, voire du premier livre sur « Une histoire de la photographie marocaine » à paraître. En outre, une rencontre (ayant lieu le 29 octobre) avec le photographe Khalil Nemmaoui sous le titre « Le paysage, en périphérie de l’urbain ou la proximité entre nature et civilisation ». Ce photographe connu justement pour sa série « La maison de l’arbre ». Et finalement, une dernière rencontre du 5 novembre sous forme d’un workshop pratique autour de la création d’un fanzine par le photographe Sergej Vutuc.

DABAPHOTO devient petit à petit l’événement photographique incontournable de Marrakech. D’autres idées surgissent dans d’autres villes comme : Les Nuits Photographiques d'Essaouira (dont la 1ère édition s’est tenue du 6 au 8 octobre 2016 à Essaouira) et Les Rencontres Photographiques de Rabat (qui s’est déroulé du 2 au 4 juin 2016 à Rabat) ainsi que des concours photographiques, pourvu que ça continue au fil des années...

jeudi 28 janvier 2016

Fatima El Azadi, la bibliothécaire et la biblio-cinéphile



Titulaire d’un Baccalauréat en Littérature Arabe Bilingue et d’une Licence en Langue et Littérature Françaises en 1992, Fatima El Azadi est passionnée à la fois de littérature arabe et française. Elle a lu, nous précise-t-elle, aussi bien pour Naguib Mahfouz, Abou Alaa Al Maari, Al Akkad, Ghassan Kanafani et d’autres que pour Racine, Baudelaire, Proust, Lucien Goldmann et Julia Kristeva, etc... Cette richesse linguistique est un atout qui, mis en œuvre, lui a permis d’aborder le Monde autrement et trouver une voix personnalisée.

Son mémoire de fin d’études universitaire à la Faculté des Lettres Cadi Ayyad de Marrakech intitulé L’esthétique de la lumière dans les Mille et Une Nuits, n’a pas échappé à cette double culture puisqu’elle a dû lire les quartes tomes en arabe pour écrire ensuite son mémoire en langue française en revisitant le Saint Coran, le grand maître linguiste arabe Ibn Jinni, Bachelard, Malek Chebel et Abdelkebir Khatibi…

Une reconnaissance et gratitude sont exprimées par Fatima El Azadi à tous ses professeurs de la Faculté des Lettres de Marrakech.

Parallèlement à son enseignement et aux heures creuses, Fatima El Azadi prenait un grand plaisir pour assister aux cours d’arabe et de philosophie avec les autres filières. Etudiante studieuse, curieuse mais aussi sportive, elle jouait au basket-ball pendant son temps libre.

Fatima El Azadi est imprégnée, nous raconte-t-elle, d’abord et depuis son jeune âge par sa Famille : son père autodidacte, exemple d’une tendre exigence en ce qui concerne l’Education et le Savoir ; son oncle - le défunt comédien Mehdi El Azadi -; ses sœurs et frères. C'est une famille, nous décrit Fatima El Azadi, comblée par l’amour d’une maman qui a vouée sa vie pour construire une partie lumineuse dans les rouages ténébreux de la vie quotidienne.

A part sa famille, il y a certains professeurs durant son cursus dans l’enseignement public marocain qui l’ont beaucoup marquée aussi bien au primaire, au collège, au lycée qu’à l’université.

Une fois ses études terminées et sa licence en poche, Fatima El Azadi a commencé d’abord à travailler comme enseignante dans une école privée, mais, de jour en jour, elle sentait que ce n’est pas sa place : "Comme un électron libre, toujours, en orbite des atomes qu'il côtoie, délié, présent par force et gracieusement LIBRE", nous décrit Fatima El Azadi. 

Elle a travaillé ensuite comme ouvreuse vacataire dans la salle de cinéma à l’Institut français de Marrakech (IFM), qui fut alors appelé Centre Culturel français (CCF). Durant trois années, vacataire, elle est passée par tous les postes ; ce qui a enrichit chez elle une polyvalence incontournable et une soif jamais assouvie dans le domaine.

Le déclic est enfin arrivé avec Daniel Le Goff, le responsable de la médiathèque,  qui lui a proposé de travailler au sein de la bibliothèque à mi-temps le jour et pendant les spectacles le soir. Suite à quoi, elle a eu l’opportunité en 1995 d’effectuer un stage au sein de la Bibliothèque Publique à Paris pour la création d’un centre de ressources sur la France contemporaine à Marrakech.

Plus tard, c’est la nouvelle directrice nommée Reine Prat qui propose à Fatima El Azadi un nouveau poste qui consiste, tout en étant dans la bibliothèque, à s’occuper des relations externes avec les étudiants des facultés pour l’animation culturelle et se consacrer aussi au Bureau d’Information Universitaire (BIU), le Campus France actuel.

Peu à peu, ses horizons et son carnet professionnel s’élargissent au-delà de son lieu de travail et la direction comptait beaucoup sur elle pour vendre son produit et la met au devant pour élaborer des projets et créer des partenariats extérieurs. Chose que Fatima El Azadi a su mener jusqu’à la réussite et qui lui a permis une titularisation au sein de l’entreprise.

Depuis, Fatima El Azadi a pu s’enrichir de ces diverses expériences qui ont favorisées l’enrichissement de ses capacités pour éclairer ses actions, ses actes quotidiens et au contact des autres. "La culture et rien que la culture pour  une ouverture de l’esprit et de l’âme. Un enrichissement en se documentant, en étant curieuse sur tous les domaines et surtout sur les sciences sociales et l’art où je m'épanouis aujourd’hui.", nous explique Fatima El Azadi.

A bras ouverts de nouveaux horizons, des ambitions, des projets culturels durant quinze année de suite. La bibliothécaire se confirme de jour en jour, doucement mais sûrement. Une carrière égayée par la formation continue et couronnée par un Master - Formation à distance en Bibliothéconomie et Sciences de l'information et la documentation.

Chaque rencontre est porteuse d'un changement possible, En 2007, Vincent Melilli lui propose de créer la médiathèque à l’Ecole Supérieure des Arts Visuels (ESAVM), nouvellement ouverte à Marrakech, et d’en devenir la responsable.

D’une part, il s’agit d’un travail colossal au niveau de la constitution des collections de monographies, périodiques, thèses, documents audiovisuels et électroniques en fonction des disciplines enseignées et du public qui fréquente la médiathèque. D’autre part, il faut développer, gérer et valoriser le fonds tout en assurant sa conservation et sa pérennité.

Pour répondre à la variation pédagogique et la richesse du monde audiovisuel, la bibliothécaire a dû "réinventer" la classification décimale Dewey et une indexation spécifique à l’organisation de son fonds et permettant une fluide localisation.

"La médiathèque prend le rôle d’intermédiaire pour que les projets pédagogiques reposent sur l’articulation entre une approche pratique-créative et une approche culturelle en offrant les références documentaires nécessaires et en favorisant la recherche et la lecture", nous confirme Fatima El Azadi.

Depuis presque dix ans maintenant et grâce à l’engagement de cette biblio-cinéphile - Fatima El Azadi - et toute l’équipe de l’ESAV dirigée par Vincent Melilli, Marrakech se dote d’une valeur ajoutée : Un fonds spécialisé. Il s'agit d'un fonds documentaire incontournable, multilingue dédié à l’Art, le Cinéma et la Culture en général.

Cette médiathèque est ouverte aux étudiants de l’ESAV, mais aussi aux chercheurs dans le domaine notamment aux étudiants de l’Université Cadi Ayyad.

Passionnée de livre mais aussi de cinéma, Fatima El Azadi s’occupe également de la programmation cinématographique de la salle de cinéma de cette école. Son rêve est de créer à présent un fonds "Pôle de compétence" dédié au cinéma marocain. Une bouteille est lancée à l’eau, à bon entendeurs.

« Oui, j'ai encore des étagères vides dans ma bibliothèque et tant mieux, sinon quel ennui », nous confie Fatima El Azadi.

Fatima El Azadi nous explique finalement que son expérience est acquise à l’IFM certes, mais la maturité culturelle et professionnelle est le fruit de son expérience à l’ESAV Marrakech. Cette amoureuse des livres et des bibliothèques croit bien à ce dicton qu’elle partage avec nous : "Avec tout ce que je sais, on pourrait faire un livre...il est vrai qu'avec tout ce que je ne sais pas, on pourrait faire une bibliothèque." de Sacha Guitry le réalisateur…

* Je tiens à remercier Fatima El Azadi d'avoir accepté de partager tous ces détails sur son parcours passionnant et je tiens à la remercier également pour la photo.

dimanche 22 novembre 2015

Galerie Bab Doukkala, la première galerie publique à Marrakech


Située à proximité des bouquinistes de Bab Doukkala, la galerie Bab Doukkala a été restaurée et inaugurée vers la fin des années quatre-vingt. Elle est la première galerie publique ouverte à Marrakech. Malgré cela, la galerie Bab Doukkala est devenue un espace négligé avec le temps. Certaines personnes oublient même son existence, vu que cette galerie avait fermé ses portes à maintes reprises.

© MB, L'entrée de la galerie Bab Doukkala

Les années de gloire, cette galerie les a connues surtout à ses débuts. La galerie avait effectivement bénéficié d’un grand intérêt de la part des responsables, des artistes et des visiteurs. Dotée dans le passé de quatre gardiens qui veillent sur les lieux, la galerie Bab Doukkala était ouverte même le weekend. Cet espace d'art a exposé pour des artistes marocains dont des grands peintres (comme Farid Belkahia, Benalal, Hassan Glaoui, Moulay Ahmad Drissi, Mellakh, Melihi, etc.), des photographes et sculpteurs. La galerie a exposé souvent la collection personnelle du Ministère de la Culture, mais aussi pour des artistes internationaux venus d'Europe, d’Asie et des Etats-Unis.

A l’instar de la galerie Bab Rouah de Rabat, la galerie Bab Doukkala a été initiée par le Ministère de la Culture. Celle-ci peut accueillir principalement des expositions, mais aussi des tables rondes et conférences. « Bab » ou « porte » Doukkala a été fondée par les Almohades. Il existe plusieurs portes ou remparts à Marrakech comme à Rabat et dans d’autres villes. Ce sont des portes militaires qui servaient à protéger la ville et la fermer pendant la nuit. La galerie Bab Doukkala représente donc un monument historique à préserver. Et sa fonction militaire de jadis a été transformée aujourd'hui à une fonction culturelle et artistique.

© MB, Intérieur de la galerie, exposition collective en cours

A l’occasion de la 10ème édition de la nuit des galeries qui a eu lieu le vendredi 13 novembre 2015, la galerie Bab Doukkala a accueilli cet événement avec la galerie Arcades (l’espace de la fontaine historique Lalla Aouda). Située dans le même quartier de Bab Doukkala, la galerie Arcades qui abrite l’association Atelier de Marrakech, est considérée aussi comme une galerie publique[1].

Il est à rappeler que « La nuit des galeries » est un événement artistique national organisé par le Ministère de la Culture dont l’objectif principal est à la fois de revaloriser le travail des artistes déjà connus et mettre l’accent sur des artistes encore moins connus. Le travail de ces artistes est exposé à cette occasion dans les galeries publiques du Maroc.

A côté de cet événement annuel, la galerie Bab Doukkala a besoin davantage de revalorisation à tous les niveaux et durant toute l’année (restauration, nettoyage, sécurisation des lieux, programmation régulière des expositions et médiation culturelle autour de la galerie et de ses événements). Cette revalorisation est devenue nécessaire, car il n'y a maintenant qu'un seul gardien qui s’occupe de la galerie. Et il n’existe malheureusement pas une véritable communication autour de cette galerie même sur le site web du Ministère de la Culture[2]...

 * Je tiens à remercier encore une fois M. Abdelghani Ouida pour toutes ces informations sur la galerie Bab Doukkala et précédemment sur la galerie Arcades: les deux galeries publiques de Marrakech qu'on doit visiter régulièrement.

lundi 10 août 2015

L’Ivre d’Images, bien plus qu’une librairie


Ouverte depuis décembre 2013 à Marrakech, L’Ivres d’Images est une nouvelle petite librairie spécialisée dans la vente du livre ancien. Elle propose des livres anciens dont des livres politiques et historiques sur le Maroc, mais aussi des images anciennes et cartes postales du Maroc.

Rareté et originalité c’est ce qui distingue et caractérise cette librairie. En effet, cet espace est une mine de petits trésors dénichés par son propriétaire français Alain Roëls. Cet ancien journaliste qui, avant de s’installer à Marrakech, s’était déjà reconverti en France dans la collection du livre ancien après une carrière de vingt ans dans le journalisme là-bas.

Alain Roëls, ce fin connaisseur du livre mais aussi de la presse nationale et internationale propose à la librairie des anciens numéros de Lamalif. Cette revue culturelle, économique et sociale qui a marqué la presse marocaine de l’époque et qui a disparu subitement depuis 1988. Il y a également des livres en reliure et des beaux livres. Ainsi que des lectures intéressantes à propos des souverains marocains et du protectorat français, sur l’histoire de Marrakech et d’autres villes…

L’Ivre d’Images possède aux alentours de 5000 livres dont des romans à petit prix (à partir de 20 dhs uniquement) et près de 300 photos anciennes du Maroc en tirages originaux dont les dates allant de 1880 à 1960. En plus de 3500 cartes postales anciennes du Maroc. De quoi ravir les collectionneurs et les bouquineurs.

Alain Roëls organise également des signatures de livres au sein de la librairie et reçoit des auteurs marocains et étrangers. La librairie avait reçu par exemple Soufiane Chakkouche, auteur de « L'inspecteur Dalil à Casablanca » et Guillaume Jobin auteur de « Lyautey le résident »…

Pour plus d’informations, voici le site et la page facebook de la librairie

*Je tiens à remercier Alain Roëls pour les informations et pour les photos.

lundi 13 juillet 2015

Quand Marrakech était la capitale


© MB, Qoubba almoravide et mosquée Ben Youssef derrière
Depuis sa création par le sultan almoravide Youssef Ben Tachefine et selon l’histoire, Marrakech était la capitale de plusieurs dynasties qui se sont succédées au Maroc. Elle était la capitale d’abord des Almoravides, ensuite des Almohades et enfin des Saadiens. 

A partir de la fin du XIe siècle, Marrakech a commencé à connaître un développement scientifique grâce aux savants ramenés par les souverains almoravides de l’Espagne au Maroc[1]. C’est sous leur règne aussi que la bibliothèque et la mosquée Ben Youssef à Marrakech ont vu le jour grâce à leur fondateur Ali Ben Youssef. Alors que la médersa Ben Youssef a été construite plus tard sous le règne des Saadiens[2]. 


© MB, Médersa Ben Youssef

En se dotant d’écoles et de bibliothèques sous le règne des Almohades, Marrakech a pu rivaliser même avec Fès et les grandes villes andalouses en matière d’enseignement. La cour almohade a pu séduire savants et poètes grâce au mécénat[3].

Passionné de philosophie, Abou Yaâcoub Youssef (1163-1184) va pouvoir rencontrer le cadi Mohammed Ibn Rochd (Averroès), sous l’incitation d’Ibn Tofayl (lui-même grand philosophe). Le sultan, qui va apprécier le génie de ce philosophe andalou dès leur premier contact, va le convoquer plus tard pour lui demander de traduire les écrits d’Aristote[4]. Marrakech va devenir ainsi « centre de la philosophie arabe à son apogée » comme l’a qualifié Gaston Deverdun[5]. N’est-ce pas sous l’encouragement d’un prince que des traductions aussi importantes dans l’histoire voient-elles le jour ?

A côté de son soutien pour les philosophes, Abou Yaâcoub Youssef (pendant son séjour beaucoup plus à Marrakech, alors capitale des Almohades, qu’à Séville) aimait s’entourer de poètes, de médecins et mathématiciens. Il les encouragea à écrire en leur accordant des pensions et gratifications[6]. Son fils Abou Youssef Yaâcoub (1184-1198/9), appelé aussi Yaâcoub al-Mansour (le Victorieux), a essayé de perpétuer le mécénat tel qu’il a été pratiqué par son père au profit des arts et des lettres. Or, sous l’influence des fouqahas andalous, il exila le philosophe Ibn Rochd à Lucena, près de Cordoue pour un certain moment. Il brûla aussi ses livres avant qu’il ne décida finalement de le rétablir sous sa protection, comme il était sous le règne de son père. Ce philosophe a rejoint effectivement Marrakech où il est resté jusqu’à ce qu’il mourra en 595/1198[7].

© MB, Minaret de la Koutoubia
Par ailleurs, Abou Yaâcoub Youssef a dû installer le quartier des Librairies (derb al-Koutoubiyyine), autour de la mosquée des Librairies (jamiî al-Koutoubiyyine). Celle-ci a été fondée par son père Abd al-Moumen sur les ruines du palais almoravide Qasr al-Hajar à Marrakech[8].

* Ce texte est extrait de mon mémoire de fin d'études.



[1] G. DEVERDUN, Marrakech des origines à 1912, Tome I, Editions Techniques Nord-africaines, 1959, p. 131.
[2] Ibid, p.373.
[3] Ibid, pp. 260, 261 et 265.
[4] Ibid, pp. 206 et 207.
[5] Ibid, p. 205.
[6] L. BENJELLOUN-LAROUI, Les bibliothèques au Maroc, Collection Islam d’hier et d’aujourd’hui, Editions G.-P. Maisonneuve et Larose, 1990, p. 27.
[7] Ibid, p. 28.
[8] Ibid., pp. 27 et 28.

lundi 29 juin 2015

"Soufi, mon amour"

Cet article invité a été rédigé et publié par Mohamed Anouar Sadiq en date du 6 mars 2015 sur son blog zlivresque.blogspot.com
Vice-président au "Réseau de lecture au Maroc", Mohamed Anouar Sadiq est fondateur de plusieurs blogs dont "le zèle livresque" et la page Facebook "Le Sadiq" https://www.facebook.com/AnouarsBlog
Je tiens donc à remercier ce blogueur, de m'avoir autorisé à republier ce texte qui décrit surtout ses impressions de lecture à propos de "Soufi, mon amour" d'Elif Shafak. Lui qui est un grand lecteur et passionné de littérature turque. Ce roman a fait l'objet, à titre de rappel, d'une rencontre, organisée par le réseau de lecture de Marrakech et modérée par Asmaa Farah présidente du réseau local et Mohamed Anouar Sadiq du réseau de Casablanca. Cette rencontre, à laquelle j'ai eu l'occasion d'assister, a eu lieu le 29 mai dernier au café littéraire Karma à Marrakech.

En cette journée bénite soit-elle, j’ai terminé l’écrit d’Elif Shafak, « Soufi, mon amour ». Un écrit qui m’a transporté hors temps et espace. Richissime œuvre comportant deux parties l’une traitant la rencontre de Shams (Soleil) de Tabriz derviche errant et le très réputé Mewlana Djalal Dine Rûmi qu’on définit comme un mystique persan musulman qui a profondément influencé le soufisme et qui a reçu très tôt le surnom de Mawlānā, qui signifie “notre maître”. Son nom est intimement lié à l’ordre des “derviches tourneurs” ou Mevlevis, une des principales confréries soufies de l’islam, qu’il fonda dans la ville de Konya en Turquie. Il écrivait tous ses poèmes en persan (Iranien). La rencontre de ses deux hommes va enfanter la Sema célèbre danse soufie. Une histoire encrée dans un conte romanesque entre Aziz (Ecrivain errant) et Ella femme au foyer au service d’un éditeur.

Succulente, est l’adjectif qui collerait le mieux à cette écrivaine bourrée de talent. Par son style et sa narration, Elif m’a fait chavirer de bout en bout, me gardant en haleine et me donnant envie de lire son œuvre avec la plus grande des attentions. Les parenthèses ouvertes et refermées aussitôt m’emmenèrent dans une valse éternelle loin de la réalité aussi déprimante et amère qu’elle le soit.

Stimulant, c’est là où j’ai trouvé le S de soufi (Sufi en Anglais). Soufi mon amour a stimulé les sentiments que j’avais ressentis à ma première lecture de « Samarcande » d’Amine Maalouf. Moult sensations ont dansé dans mes entrailles au rythme de la sema. Entre hésitation et courage se cachaient amour et haine, cruauté et compassion, survolée de désir et de répulsion embrassant foi et blasphème.

Utopique, peut-être ou pas (pour l’U de Sufi). Le rêve de Chams de Tabriz et Mawlana Rûmi de voir un monde chanter et danser à l’unisson sous les mélodies de l’amour et du Ney. L’utopie fait partie intégrante du rêve qu’ils ont enfanté par leur amour, leur sagesse et leur empathie envers tous ceux à qui la vie n’a pas offert de cadeau pour une raison ou une autre. Un regard doux pour une catin, une caresse pour un lépreux et des mots pour un ivrogne.

Fabuleusement narré, le livre avec ces quarante-quatre règles manifeste son pouvoir sur les personnages, mais aussi sur le lecteur que je suis. Chaque règle prononcée était l’occasion pour moi de méditer dans son sens dissimulé « Al-Batn ». Suivant ainsi les percepts de Chams dans sa compréhension des textes sacrés ou je cite "il y a quatre niveaux de la compréhension des textes sacrés les trois premiers atteignable par la volonté de l’homme tandis que le quatrième n’est atteint que par un don divin." À chaque instant de notre courte vie, on rencontrera une situation où l’usage des règles de chams peut paraître une normalité et d’un pouvoir déconcertant. 

Enfin, j’aurais pu partager avec vous un billet ou seuls des critiques y seront placées. Mais j’ai choisi de partager avec vous les sentiments que ce manuscrit m’a apporté. Le seul bémol d’Eli Shafak et cette mention d’une anecdote où elle invite la Leila de la Djahiliya à l’époque Abassid de Haroun Rachid. Je termine sur cette note en souhaitant à tous et à toutes d’emprunter le chemin de l’amour, seule voie pour trouver la paix intérieure, la même que moi j’ai trouvé dans la voie du SoufI.

*« Soufi, mon amour » Elif Shafak Editions Phébes, existe aussi en format poche aux éditions 10/18.
*Billet rédigé quelque part entre Marrakech et Casa un Avril 2013 et mis à jour un 06 mars entre Kenitra et Casa.

Mohamed Anouar Sadiq

lundi 11 mai 2015

Omar Zouita, le bouquiniste «conscient»

Omar Zouita est une personne connue dans le monde du livre d’occasion à Marrakech. Il est connu notamment par les élèves et étudiants qui cherchent à acheter, vendre ou échanger des livres anciens dont des livres scolaires dans son kiosque nommé « Al waaye » ou « La conscience » en traduction littérale. Omar Zouita est parmi les bouquinistes dont les kiosques sont installés au rempart de Bab Doukkala derrière la gare routière. Ce n’est pas sans raison qu’il l’appelle kiosque de « la conscience ». Cette conscience qu’il a acquise en effet à travers une expérience de plusieurs années…


© MB, Kiosque d'Omar Zouita

Omar Zouita est originaire de Marrakech, mais c’est à Casablanca vers les années soixante alors âgé de dix-sept ans à peu près où il commença à s’intéresser au livre d’occasion. Il commença son petit commerce à derb Ghallaf, un des quartiers populaires de Casablanca. Sa curiosité et son contact direct avec les intellectuels de cette période le poussa davantage à chercher des livres rares et anciens surtout de langue arabe y compris des livres philosophiques et politiques à proposer à sa clientèle qui devient de plus en plus fidèle. Son ambition le poussa à ramener ces mêmes livres à Marrakech et il commença ainsi à développer son commerce entre les deux villes Casablanca et Marrakech. Vers la moitié des années soixante, il décida de rentrer à Marrakech pour fonder une famille et travailler dans sa ville natale. Pour gagner sa vie, il travailla toute la journée en vendant des livres entre le souk Bab Lakhmiss le matin et sur la place Jamaa El Fna le soir.

Plus tard et vers les années soixante-dix, les autorités locales avaient décidé d’installer un marché officiel ou un souk du livre sur la place devant le commissariat actuel. Heureux de cette décision lui et ses collègues, Omar Zouita était parmi les trente bouquinistes installés sur la place avec des autorisations. Or, certains esprits ne sont pas d’accord avec l’idée que les bouquinistes occupent cet endroit à côté des conteurs. Ces bouquinistes ont dû passer plus de dix ans là-bas avant d’être obligés de se déplacer à côté de la mosquée de la Koutoubia vers l’année 1984 à cause de quelques aménagements. L’idée de vendre des livres à côté de la Koutoubia n’est pas nouvelle, car cette mosquée était déjà appelée ainsi depuis l’époque almohade lorsque des libraires au nombre de cent étaient installés aux alentours de celle-ci. C’était l’âge d’or du « dlala » du livre : une véritable chasse aux manuscrits s’était prospéré entre le Maroc (appelé Marrakech à ce moment-là) et l’Andalousie tout en basant sur le célèbre livre de Gaston Deverdun « Marrakech des origines à 1912 ».

Après la Koutoubia, les bouquinistes seront sollicités de se déplacer d’abord à Arsat El Bilk où ils ont passé deux ans à peu près, ensuite dans le cimetière de Jamaa El Fna avant de déménager définitivement à Bab Doukkala vers l’année 1987 au souk Al Izdihar provisoirement. Ces décisions de déplacement peuvent démontrer à quel point la présence de ces bouquinistes dérange depuis le début. Malgré ces années de souffrance et malgré l’âge, la motivation de ce bouquiniste passionné qui est Omar Zouita ne s’est jamais affaiblie avec le temps. Depuis la démolition brutale du souk Al Izdihar, « L’association des amis du livre » a lutté sans cesse pour sauver le marché du livre d’occasion de la disparition. Finalement, les autorités locales décident de créer les kiosques actuels au long du rempart de Bab Doukkala depuis 2003 jusqu’à nos jours. Et « La conscience » continue d'exister…

*Je tiens à remercier Omar Zouita de m'avoir communiqué en toute confiance tous ces détails sur son parcours professionnel et toutes ces informations sur la ville de Marrakech.

mardi 21 avril 2015

La passion de la photographie

© Véronique Schotte 
Véronique Schotte et Marc Van Vaek est un couple belge originaire respectivement de Bruges et de Malines. Ce sont deux passionnés de photographie et deux amoureux de la médina de Marrakech où ils ont choisi de s’installer depuis uniquement dix-huit mois pour créer, produire et exposer de la photographie.

C’est tout en travaillant d’une manière complémentaire, voire fusionnelle sous le nom de « Photography Véronique & Marc » qu’ils sont en train petit à petit de se créer une notoriété locale. Complémentarité et complicité c’est ce qui désigne effectivement au mieux le travail de ce couple. Si Véronique est portraitiste, Marc quant à lui est adepte des photos panoramiques et photos d’intérieur. En effet, Véronique est passionnée davantage de petits plans et de petits détails liés à la couleur et le thème, alors que Marc est partisan de grands plans et de détails techniques. Cette complémentarité se remarque également en plein shooting, lorsque Véronique est derrière l’objectif, son mari Marc joue le rôle d’un assistant...

© Marc Van Vaek
Une passion qui se partage au quotidien

Pour partager leur savoir-faire en photographie, ce couple vient de créer un atelier photo sous le titre « Apprenez à regarder différemment ». C’est un atelier ouvert à tout public y compris les enfants à partir de 7 ans et dont le nombre d’inscrits est limité à 8 personnes. Jusqu’à présent, ce sont souvent des touristes qui s’inscrivent à cet atelier via Tripadvisor et Facebook…

Deux élèves en plein atelier photo
Accompagnés de Véronique et Marc, les élèves ont l’opportunité d’apprendre sur le tas et de s’initier chacun à l’utilisation de son matériel photo et des techniques essentielles de photographie. Ce qui est original à propos de cet atelier, c’est la promenade à pied dans les rues d’autant plus qu’il s’agit d’un quartier rarement fréquenté par le touriste non averti. Il s’agit principalement de découvrir le souk avec les différents commerces, les marchands ambulants et le concept du fondouk tout en prenant des images de bonne qualité qui racontent de préférence une histoire ou qui reflètent la vie quotidienne. L’objectif principal, comme l’indiquent les initiateurs de cet atelier, est justement de voir au-delà de la carte postale et de dépasser les clichés touristiques.

Organisé tous les jours de la semaine sauf le vendredi -jour où les commerces de l’ancienne médina sont fermés- l’atelier peut s’adapter à tous les niveaux. Il est à noter également que les formateurs n’exigent pas d’avoir du matériel sophistiqué afin d’y adhérer. Les participants peuvent tout simplement utiliser leurs smartphones ou tablettes…Bref, il suffit d’avoir la passion de la photographie !

Pour plus d'informations
Site : www.vmphotography.be 
Pages Facebook : 
Atelier Photo-Apprenez à regarder différemment
Véronique Schotte Photography
Marc Van Vaek Photography

Séance photo intérieur, mode, enfants, famille, mariage, couple, engagements…

* Je tiens à remercier Véronique et Marc ce couple sympathique et professionnel, que j'ai eu l'occasion d'interviewer en tête à tête, de m'avoir communiqué en toute confiance toute la matière nécessaire à la réalisation de ce modeste article y compris les photos.

jeudi 16 avril 2015

Le vélo inspire...

La journée sans voiture du dimanche dernier (12 avril 2015) n’était pas uniquement une occasion pour sensibiliser la population de Marrakech par rapport à la protection de l’environnement, mais aussi une belle opportunité de s’inspirer pour certains artistes qui ont participé. Il y a de jeunes photographes qui en ont profité par exemple pour prendre des selfies et de beaux clichés de la ville tout en roulant à bicyclette les 12 kilomètres de la promenade.

Vélo signé Houda Jabbori
Le circuit dégagé rien que pour les cyclistes cette matinée du dimanche, a permis de voir la ville autrement et avec moins de trafic. Tout en passant devant des endroits cultes de la cité ocre comme Bab Doukkala et la Koutoubia, mais aussi en traversant les grands boulevards comme l’avenue Mohammed V, l’avenue Hassan II et l’avenue Mohammed VI presque vides et sans véhicules. Chose qui arrive rarement !

Houda Jabbori avec son vélo




Originaire de Marrakech et issue d’une famille d'artistes composée de dix filles, Houda Jabbori a pris également part à cette belle initiative mais pas n’importe comment Cet artiste décoratrice a créé un vélo pour les organisateurs de cet événement. Équipé d'un panier de paille, il s'agit d'un vélo décoratif et esthétique peint en vert pour rappeler la couleur de la nature. Cette femme de grand talent a eu l’idée géniale d’acquérir toutes les pièces détachées de ce vélo chez la brocante du fameux souk Bab Lakhmiss. Finalement ce vélo signé Houda Jabbori ne passera pas inaperçu, il sera exposé en permanence à la Maison de la Culture de Marrakech.

Il est à rappeler que cette journée sans voiture ou « Ecolo’s Bike Ride » est organisée par l’association Mawarid. L’événement est arrivé cette année à 5ème édition. Les organisateurs et participants sont contents du succès rencontré année après année.

*Je tiens à remercier Houda Jabbori pour tous les détails qu'elle m'a communiqués sur son travail et pour les photos qu'elle m'a laissées utiliser en libre de droit pour illustrer ce modeste article.